Syrie : la vérité sur le sort des chrétiens
Avant les évènements qui ensanglantent la Syrie, il était inconvenant de décliner sa confession religieuse. Désormais, être chrétien est dangereux. Les chrétiens du diocèse de Homs, Hama et Yabroud, naguère intégrés au tissu social comme des citoyens à part entière, sont devenus des cibles.
Le vendredi 20 janvier, le slogan fatidique a été brandi par les comités de coordination de la révolution : « Le peuple veut déclarer le Jihad ! » Jusqu’à présent, les chrétiens ne disposaient d’aucun régime de faveur. Ils subissaient les sévices de la répression comme l’ensemble de la population. Mais la donne change. Comme si la tendance qui couvait devenait dorénavant une consigne. Le futur le dira. Toujours est-il que le nombre d’agressions ouvertement antichrétiennes ne cesse de croître.
Le 25 janvier, le père Basilios Nassar, curé grec orthodoxe du village de Kafarbohom, province de Hama, a été abattu par des insurgés alors qu’il venait en aide à un homme agressé par ces mêmes insurgés (photo : le faire- part du décès du Père Basilios avec le tropaire byzantin en l’honneur des martyrs). C’est la première fois, depuis l’insurrection, qu’un prêtre est la cible de la violence aveugle. L’insurrection paraît de plus en plus manipulée.
Ce meurtre alarmant conforte les craintes de voir la révolution syrienne tourner au conflit confessionnel. Les insurgés se révèlent des islamistes qui s’en prennent à des civils innocents dans une démarche de discrimination religieuse.
Il y a quelques jours, le fils de l’émir islamiste de Yabroud, M. Khadra, tue avec trois autres hommes en armes le major chrétien Zafer Karam Issa, 30 ans, marié depuis un an, à la sortie de sa maison. Lors de ses funérailles, le R.P. Georges Haddad, curé de Yabroud, eut des paroles inspirées pour appeler à la paix et au pardon, mais sans complaisance pour les manipulations criminelles :
La même semaine, le jeune chrétien Khairo Kassouha, 24 ans, est lui aussi abattu en sortant de chez lui à Kusayr. Le Père Mayas Abboud, recteur du petit séminaire des grecs catholiques de Damas rapporte qu’il a été contacté par l’épouse d’un chauffeur de taxi abattu par les insurgés, Nidal Arbache.« Dieu est amour et miséricorde. Il incite l’homme à aimer son prochain et à ne pas se détourner de lui. Nous nous adressons à ceux qui se sont érigés comme juges suprêmes de leurs frères qui s’octroient le droit de condamner à mort un être humain. Ils brandissent de faux slogans et mettent le pays à feu et à sang. Zafer, en bon soldat fidèle à sa patrie, voulait mourir dans un affrontement avec l’ennemi pour libérer le Golan. Il a été tué par qui ? et pourquoi ? Par un frère, dans son village, devant sa maison. Revenons à nous-mêmes et réfléchissons sur la voie que nous empruntons. Notre existence est basée sur l’amour et l’acceptation de l’autre. Ne laissons pas des étrangers nous dicter une conduite qui instille la méfiance, la haine et la division. Nous tendons nos mains en signe de réconciliation avec tous : ceux qui sont proches et ceux qui sont loin. Que le sang de nos martyrs donnent à notre cher pays la paix et des lendemains meilleurs. »
Sa veuve s’attend au pire : « Cher Père, ici à Kusayr nous sommes livrés au bon plaisir des insurgés qui font la loi chez nous. Nous nous attendons à toutes sortes de sévices. Nous n’avons rien ni personne pour nous protéger. Je vous en supplie Père, prenez cela comme un testament. S’il m’arrive quelque chose de fâcheux je vous confie mon fils, prenez soin de lui. Toute notre famille est menacée par les bandes armées. »
On nous rapporte aussi qu’André Arbache, mari de Virginie Louis Arbache a été kidnappé la semaine passée. On ne sait rien de lui. Sa famille craint pour lui le pire.
Toujours à Kusayr un cousin du Père Louka, curé de Nebek, raconte : « Je rentrais à Kusayr lorsque j’ai été arrêté par les insurgés à un rond-point de la ville. Ils m’ont réclamé mes papiers et m’ont fait attendre deux heures pour vérifier si mon nom est cité dans les listes issues par les comités de coordination de la révolution qui sont désormais des organes de référence judiciaire. Si mon nom avait été mentionné j’aurai été exécuté sur place comme ils le font avec d’autres. »
À Homs, c’est l’exode. La liste des victimes établie par le gouverneur s’allonge : plus de 230 chrétiens auraient été abattus. Plusieurs sont kidnappés. Souvent les insurgés réclament une rançon qui varie entre 20.000 et 40.000 dollars par personne. Certains quartiers mixtes comme Bab Sbah ou Hamidiyeh ont vu 80 % de leurs habitants chrétiens fuir la ville pour s’établir chez des amis ou des parents dans la montagne. Dans la province de Hama, les chrétiens font de même. Le mouvement est progressif mais implacable.