Il y a six ans, Jean-Paul II
À un mois désormais de sa béatification à Rome par son plus fidèle collaborateur, en ce premier samedi du mois qu’honorait spécialement le pape slave, rappelons-nous une fois encore l’événement que fut Jean-Paul II pour nous-mêmes et pour le monde entier.
Pour retrouver un peu de sa chaleur, un peu de sa lumière passant par le bleu « myosotis » de ses yeux [2], quoi de mieux que de se replonger dans son œuvre poétique, qui le rend encore si proche de nous.
Sous le signe des deux Simon
Il n’était pas de ces « profils » - comme ce Simon, ce « mélancolique [3] » frère des Modernes disant :
« La Croix, je ne voulais pas la prendre !
bien que depuis longtemps la douleur parlât en moi.
D’abord distraitement accueillie -
elle pèse dans l’imagination, elle pèse, elle ronge, insecte sournois,
rouille qui s’attaque à l’acier. »
à moins qu’il ne l’ait tant porté et aimé ce « mélancolique » au point de le connaître au plus profond de sa détresse ?
Frère de « cette foule d’autres », Jean-Paul II n’a jamais déserté le « face à face avec l’Homme ». Comme Simon de Cyrène, il a regardé, affronté « la rue, tous ces visages », Simon croyant « être juste » en marchandant « avec vous autres, brutes, au sujet de cet Homme », Simon qui dans le regard échangé, comprend et confesse :
« Ton monde si grand.
L’œil, la poutre et Lui.
Et dans ton monde tellement grand
que peut compter, le mien si petit ? »
Nouveau Simon Pierre [4], répondant toute sa vie au « M’aimes-tu ? » brûlant de ce Jésus de Nazareth, Karol le Grand s’est fait petit au point d’être pavement, pavement des hommes dans une attitude qui n’a jamais été esthétique mais un acte et un dit de vérité :
« Nos pieds touchent terre ici même où s’élèvent au ciel
tant de murs et de colonnades... si l’on ne s’y perd pas,
si l’on y retrouve le sens et l’unité,
C’est que le pavement nous guide.
Il unit les espaces du haut lieu Renaissance
comme il unit les espaces en nous
qui marchons si conscients de nos échecs, de nos faiblesses.
Pierre, tu veux être le Pavement et qu’ils te piétinent,
eux qui marchent sans savoir où ils vont,
Tu veux qu’ils aillent où tu guides leurs pieds
et qu’ils unissent les espaces
Par l’œil, géniteur de pensée.
Tu veux servir leurs pieds qui passent,
Comme le roc sert les sabots des brebis.
Le roc, le Pavement d’un temple gigantesque.
La croix - le pâturage. »
Six ans. La grande stature singulièrement voûtée du berger accrochée à sa houlette d’argent se dessine plus blanche que jamais dans les cœurs. Rien ne nous a manqué.