Encyclique sociale : les raisons d’un retard
Annoncée pour le printemps, la troisième encyclique ne sera sans doute publiée qu’à l’automne, voire plus tard. Pourquoi ce report ? Explications du cardinal Tarcisio Bertone à l’agence Apcom. Le pape ne « veut pas répéter des lieux communs de la doctrine sociale de l’Église mais veut apporter quelques éléments originaux, conformément aux défis de l’époque » explique le cardinal secrétaire d’État, qui évoque la globalisation, la crise alimentaire, les changements climatiques. Cette encyclique, qui « donne beaucoup de travail » devra être largement diffusée (d’où également les problèmes de traduction), mais aussi se « traduire par des attitudes concrètes ».
Quant au titre de l’encyclique, Caritas in Veritate, celui-ci reste une « hypothèse » : « Pour l’instant c’est une hypothèse. Je ne veux pas dire que le titre sera sûrement celui-là, probablement oui et pour l’instant cette idée persiste, mais ensuite une autre inspiration peut venir ».
Le bruit courait que les raisons du retard de la future encyclique venaient des difficultés de traduction notamment en... chinois. Implicitement, le cardinal suggère que le vrai problème est ailleurs, et pas seulement à cause de tiraillements internes entre sensibilités rivales. Le pape n’ignore rien de celles-ci, et il a montré qu’en homme de dialogue, il savait dépasser les clivages en se situant au bon niveau, sans céder à aucune pression. Quand le cardinal dit que Benoît XVI ne veut pas « répéter des généralités » mais apporter des « éléments originaux » en réponse aux grandes questions d’actualité, cela peut signifier que sur ces questions qui l’intéressent vraiment, et sur lesquelles il semble avoir des idées assez peu conservatrices, le pape est en train de défricher un terrain nouveau que la doctrine sociale de l’Église n’avait jusqu’à présent guère traité au fond.
Le monde a évidemment besoin d’être éclairé sur un ensemble de questions nouvelles, et l’Église a toujours su les affronter (res novae), mais à son rythme. Comme les réponses sont à inventer, certes à partir du substrat traditionnel de la doctrine sociale de l’Église et que la parole de l’Église ne peut pas être prononcée à la légère et doit revêtir une portée universelle, il faut évidement du temps et de nombreuses consultations pour la formuler.
L’encyclique pourrait être plus fondamentale qu’on ne l’avait d’abord imaginé. Benoît XVI est peut-être entrain de préparer, une nouvelle encyclique Rerum novarum. L’encyclique de Léon XIII fut, en son temps, novatrice et provocatrice avant de devenir la référence de tous les textes suivants. À l’époque, elle avait « changé la donne » et sorti la grande masse des fidèles, du clergé et des évêques, aussi bien des références rurales de l’Ancien Régime et de l’esprit bourgeois conservateur du XIXe siècle. Le pape, dans la ligne de la purification de la foi et de la raison qu’il a entrepris, souhaite probablement que l’Église abandonne les séquelles de l’imprégnation culturelle des grandes idéologies du XIXe et du XXe siècle.
Si c’est le cas, il faut s’attendre à être un peu bousculés par l’encyclique et à devoir consentir, à notre tour, à un travail important pour sa juste assimilation quand elle paraîtra.